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Des fentes de Young aux antennes radio

Publié le 18 septembre 2026 Par F4HXN

young

En Ă©tudiant l’expĂ©rience des fentes de Young, une question m’est venue : les interfĂ©rences observĂ©es avec la lumiĂšre peuvent-elles ĂȘtre transposĂ©es aux ondes radio pour concevoir, ou au moins modĂ©liser, une antenne directionnelle ? La rĂ©ponse est oui, et ce n’est pas qu’une analogie : c’est exactement le principe des rĂ©seaux d’antennes.

L’expĂ©rience de Thomas Young (1801) repose sur deux ouvertures trĂšs proches Ă©clairĂ©es par une mĂȘme source. DerriĂšre l’écran, les deux ondes se superposent : Ă  certains endroits elles s’additionnent, Ă  d’autres elles s’annulent. On obtient une figure d’interfĂ©rences, faite de franges claires et sombres. En radio, le mĂȘme mĂ©canisme est au cƓur des rĂ©seaux d’antennes, des antennes Ă  Ă©lĂ©ments phasĂ©s, des panneaux sectoriels des relais de tĂ©lĂ©phonie mobile, des radars Ă  balayage Ă©lectronique, et plus modestement des verticales phasĂ©es que beaucoup de radioamateurs utilisent sur les bandes basses.

SchĂ©ma de l’expĂ©rience de Young : une source, un Ă©cran percĂ© de deux fentes et un Ă©cran d’observation prĂ©sentant des franges d’interfĂ©rences
ExpĂ©rience de Young : les deux fentes, Ă©clairĂ©es par la mĂȘme source, se comportent comme deux sources cohĂ©rentes. Leurs ondes se superposent et produisent des franges d’interfĂ©rences sur l’écran.

Physique classique, physique quantique : ne pas mélanger

L’expĂ©rience de Young sert aussi Ă  illustrer la physique quantique lorsque l’on envoie les photons, ou des Ă©lectrons, un par un : la figure d’interfĂ©rences se construit alors impact aprĂšs impact. Une antenne radio, elle, relĂšve entiĂšrement de l’électromagnĂ©tisme classique de Maxwell. Il n’y a rien de quantique dans le diagramme d’un rĂ©seau de deux dipĂŽles. Le point commun est la superposition des ondes : dans chaque direction, l’amplitude et la phase de chaque contribution dĂ©terminent si l’addition est constructive ou destructive.

Les deux conditions souvent oubliées : cohérence et champ lointain

Young n’obtenait pas de franges avec deux bougies. Il fallait que les deux fentes soient Ă©clairĂ©es par la mĂȘme source, pour que la diffĂ©rence de phase entre les deux ondes reste fixe dans le temps. C’est la notion de cohĂ©rence. En radio, c’est la mĂȘme chose : deux Ă©metteurs indĂ©pendants, mĂȘme rĂ©glĂ©s sur la mĂȘme frĂ©quence, ne produisent pas de figure stable, car leur phase relative dĂ©rive en permanence. Dans un rĂ©seau d’antennes, les deux Ă©lĂ©ments sont alimentĂ©s par le mĂȘme Ă©metteur, Ă  travers des lignes dont on maĂźtrise la longueur : la cohĂ©rence est garantie par construction.

DeuxiĂšme condition : les formules qui suivent dĂ©crivent le champ lointain, c’est-Ă -dire une observation faite assez loin pour que les rayons issus des deux Ă©lĂ©ments soient pratiquement parallĂšles. En pratique, on considĂšre que l’on y est lorsque la distance dĂ©passe plusieurs longueurs d’onde et vaut au moins 2DÂČ/λ, oĂč D est la plus grande dimension de l’antenne. Une mesure faite Ă  deux mĂštres d’un rĂ©seau 2 m ne donne donc pas son diagramme rĂ©el.

Correspondance entre l’expĂ©rience optique et le rĂ©seau radio

Expérience de YoungRéseau de deux antennes
Source lumineuse uniqueÉmetteur unique et ligne d’alimentation commune
Deux fentesDeux éléments rayonnants (dipÎles, verticales, fentes)
Écart a entre les fentesÉcartement d entre les Ă©lĂ©ments
Position sur l’écranDirection d’observation Ξ
Frange claireLobe de rayonnement
Frange sombreZéro (annulation) du diagramme
Lame de verre placĂ©e devant une fenteDĂ©phasage Ă©lectrique ÎČ imposĂ© entre les alimentations

La derniĂšre ligne est la plus intĂ©ressante. Dans l’expĂ©rience de base, les deux fentes sont en phase ; une lame de verre placĂ©e devant l’une d’elles retarde son onde et dĂ©cale toute la figure de franges. En radio, ce rĂ©glage est facile : on retarde l’une des alimentations et les lobes se dĂ©placent sans que l’antenne bouge.

De deux fentes Ă  deux sources radio

Dans la transposition radio, les deux fentes peuvent ĂȘtre remplacĂ©es par :

  • deux dipĂŽles identiques ;
  • deux verticales identiques ;
  • deux fentes dĂ©coupĂ©es dans une surface mĂ©tallique (antennes Ă  fentes) ;
  • deux Ă©lĂ©ments rayonnants alimentĂ©s par une ligne commune, avec un dĂ©phasage maĂźtrisĂ©.

Le cas des fentes mĂ©talliques mĂ©rite une prĂ©cision. D’aprĂšs le principe de Babinet, une fente demi-onde dĂ©coupĂ©e dans un plan mĂ©tallique se comporte comme le « complĂ©mentaire » d’un dipĂŽle demi-onde : mĂȘme forme de diagramme, mais avec les champs Ă©lectrique et magnĂ©tique permutĂ©s. ConsĂ©quence pratique : une fente horizontale rayonne en polarisation verticale, et inversement. Son impĂ©dance est aussi trĂšs diffĂ©rente : le produit des impĂ©dances de la fente et du dipĂŽle complĂ©mentaire vaut environ ηÂČ/4 ≈ 35 500 Î©ÂČ, soit de l’ordre de 485 Î© pour une fente demi-onde en espace libre, contre 73 Î© pour le dipĂŽle.

Chaque Ă©lĂ©ment Ă©met une onde. À distance, le rĂ©cepteur reçoit la somme vectorielle des deux signaux. Arrivant en phase, ils se renforcent ; arrivant en opposition de phase et avec la mĂȘme amplitude, ils s’annulent.

Le facteur de réseau

ConsidĂ©rons deux Ă©lĂ©ments espacĂ©s d’une distance d. On repĂšre une direction par l’angle Ξ mesurĂ© depuis la perpendiculaire Ă  l’axe qui joint les deux Ă©lĂ©ments. La diffĂ©rence de trajet entre les deux ondes vaut d sin Îž, ce qui donne un dĂ©phasage gĂ©omĂ©trique :

ΔφgĂ©om = (2π / λ) · d · sin Ξavec λ = c / f
  • λ est la longueur d’onde, en mĂštres ;
  • c est la vitesse de la lumiĂšre dans le vide, 299 792 458 m/s (valeur exacte, fixĂ©e par la dĂ©finition du mĂštre) ;
  • f est la frĂ©quence, en hertz ;
  • d est l’écartement entre les centres des deux Ă©lĂ©ments ;
  • Ξ est la direction Ă©tudiĂ©e.

Si l’on ajoute un dĂ©phasage Ă©lectrique ÎČ entre les deux alimentations (ici, l’élĂ©ment de droite est en avance de ÎČ sur celui de gauche), le dĂ©phasage total devient :

Κ = (2π / λ) · d · sin Ξ + ÎČ

Pour deux Ă©lĂ©ments identiques alimentĂ©s avec la mĂȘme amplitude, le module du facteur de rĂ©seau vaut :

|AF(Ξ)| = 2 · |cos(Κ / 2)|

et la densité de puissance rayonnée est proportionnelle à son carré :

P(Ξ) ∝ 4 · cosÂČ(Κ / 2)

Cette expression suppose des Ă©lĂ©ments isotropes, rayonnant de la mĂȘme façon dans toutes les directions. Avec de vraies antennes, il faut encore la multiplier par le diagramme propre de chaque Ă©lĂ©ment ; nous y reviendrons, car c’est un point dĂ©cisif.

Addition et annulation des signaux

Le maximum est atteint lorsque Κ = 2πn, avec n entier. L’annulation se produit lorsque Κ = (2n + 1)π. Ce sont les Ă©quivalents radio des franges claires et sombres de Young. D’ailleurs, avec ÎČ = 0, la condition de maximum s’écrit d sin Îž = nλ : c’est exactement la formule des franges brillantes en optique.

Comme sin Îž reste compris entre −1 et +1, seules quelques valeurs de n sont atteignables. C’est ce qui limite le nombre de lobes pour un Ă©cartement donnĂ©, et c’est pourquoi un Ă©cartement rĂ©duit donne peu de lobes.

Deux éléments ne font pas de lobes secondaires

Avec deux sources seulement, tous les lobes du facteur de rĂ©seau ont la mĂȘme amplitude. Il n’existe pas de « lobes secondaires » plus faibles comme dans une Yagi ou un rĂ©seau de huit Ă©lĂ©ments : on a soit un lobe, soit un autre lobe aussi fort que le premier. Le vrai risque, lorsque l’écartement augmente, est l’apparition de lobes de rĂ©seau d’amplitude maximale dans des directions non souhaitĂ©es.

Quatre cas types

Les diagrammes ci-dessous reprĂ©sentent l’amplitude relative du champ, dans le plan qui contient les deux Ă©lĂ©ments (points noirs), avec des Ă©lĂ©ments isotropes. La direction 0° est la perpendiculaire au rĂ©seau ; ±90° correspond Ă  l’axe qui joint les deux Ă©lĂ©ments.

0°+90°−90°180°
d = λ/2, ÎČ = 0°RĂ©seau transversal : maxima Ă  0° et 180°, zĂ©ros dans l’axe
0°+90°−90°180°
d = λ/2, ÎČ = 180°RĂ©seau longitudinal : zĂ©ros Ă  0° et 180°, maxima dans l’axe
0°+90°−90°180°
d = λ/4, ÎČ = 90°CardioĂŻde : un seul lobe, orientĂ© vers l’élĂ©ment en retard
0°+90°−90°180°
d = λ, ÎČ = 0°Écartement trop grand : lobes de rĂ©seau Ă  ±90°

En phase, à λ/2 : le réseau transversal

Avec ÎČ = 0 et d = λ/2, le maximum se trouve face au rĂ©seau, Ă  0°, et dans l’axe les deux ondes arrivent avec une demi-longueur d’onde d’écart : elles s’annulent. Point souvent oubliĂ© : le diagramme est bidirectionnel. Le lobe Ă  180° est identique Ă  celui de 0°. Pour obtenir un rayonnement dans une seule direction, il faut un rĂ©flecteur, un plan de masse, ou un autre rĂ©glage de phase.

En opposition, à λ/2 : le réseau longitudinal

Avec ÎČ = 180°, la situation s’inverse : annulation face au rĂ©seau, maxima dans l’axe des Ă©lĂ©ments. LĂ  encore, le diagramme est bidirectionnel. Le principe est proche de celui de l’antenne W8JK, qui utilise deux Ă©lĂ©ments en opposition de phase, mais avec un Ă©cartement bien plus faible.

λ/4 et 90° : la cardioïde

C’est le cas le plus utile pour un radioamateur, et il manquait dans la plupart des prĂ©sentations simplifiĂ©es. Avec d = λ/4 et ÎČ = 90°, les deux ondes s’additionnent en phase d’un cĂŽtĂ© et arrivent en opposition exacte de l’autre. On obtient un diagramme en cardioĂŻde : un seul lobe, orientĂ© vers l’élĂ©ment alimentĂ© en retard de phase, et un zĂ©ro franc Ă  l’arriĂšre. C’est le principe des paires de verticales phasĂ©es sur 40 ou 80 m, et celui qui explique le fonctionnement des antennes HB9CV et ZL-Special, oĂč deux Ă©lĂ©ments proches sont alimentĂ©s avec un dĂ©phasage.

λ en phase : trop d’écartement

À une longueur d’onde d’écartement, la diffĂ©rence de trajet dans l’axe vaut exactement λ : les ondes s’additionnent Ă  nouveau. On obtient quatre lobes d’égale amplitude, Ă  0°, 180° et ±90°, sĂ©parĂ©s par des zĂ©ros Ă  ±30° et ±150°. L’énergie part dans des directions non dĂ©sirĂ©es.

Orienter le faisceau par la phase

En choisissant ÎČ, on dĂ©place le maximum principal. Celui-ci se trouve dans la direction Ξ0 telle que :

sin Ξ0 = −ÎČ Â· λ / (2π · d)

Exemple : avec d = λ/2 et ÎČ = 90°, on trouve sin Îž0 = −0,5, soit Ξ0 = −30°. Le lobe s’est inclinĂ© de 30° vers l’élĂ©ment en retard, sans aucun mouvement mĂ©canique. C’est le principe du balayage Ă©lectronique des radars et des antennes 5G, poussĂ© Ă  des dizaines ou des centaines d’élĂ©ments.

La limite : plus on dĂ©pointe le faisceau, plus le risque de lobes de rĂ©seau augmente. Pour les Ă©viter jusqu’à un angle de dĂ©pointage Ξ0, l’écartement doit respecter :

d < λ / (1 + |sin Ξ0|)

Sans dĂ©pointage, cela autorise un Ă©cartement proche de λ ; pour pouvoir balayer jusqu’à ±90°, il faut rester sous λ/2. C’est la vĂ©ritable justification de la rĂšgle du demi-onde.

Choix de l’écartement

Un Ă©cartement d’une demi-longueur d’onde reste un bon point de dĂ©part : il donne des zĂ©ros bien placĂ©s et laisse de la marge pour orienter le faisceau. Dans les cas idĂ©aux prĂ©sentĂ©s plus haut, le rĂ©seau apporte environ 3 dB de directivitĂ© par rapport Ă  un Ă©lĂ©ment seul : la puissance n’est pas créée, elle est redistribuĂ©e vers les lobes et retirĂ©e des zĂ©ros.

Si l’écartement dĂ©passe nettement λ/2 sans dĂ©phasage adaptĂ©, de nouveaux lobes d’amplitude maximale apparaissent ; Ă  partir de λ, ils pointent dans l’axe du rĂ©seau. À l’inverse, en dessous de λ/4 environ, le couplage mutuel devient fort : l’impĂ©dance de chaque Ă©lĂ©ment change beaucoup, l’adaptation devient dĂ©licate et les pertes ohmiques peuvent annuler une partie du gain espĂ©rĂ©.

L’orientation des Ă©lĂ©ments compte autant que l’écartement

Le diagramme rĂ©el d’un rĂ©seau est le produit du facteur de rĂ©seau par le diagramme d’un Ă©lĂ©ment seul. C’est le principe de multiplication des diagrammes. Il a une consĂ©quence que l’on oublie facilement : deux dipĂŽles « en phase Ă  λ/2 » ne donnent pas le mĂȘme rĂ©sultat selon leur disposition.

  • Deux dipĂŽles horizontaux parallĂšles, cĂŽte Ă  cĂŽte Ă  la mĂȘme hauteur : l’axe du rĂ©seau est perpendiculaire aux brins. Dans le plan horizontal, le dipĂŽle rayonne au maximum dans l’axe du rĂ©seau, prĂ©cisĂ©ment lĂ  oĂč le facteur de rĂ©seau en phase s’annule. En phase, le maximum part vers le haut ; cette disposition convient surtout en opposition de phase, en rayonnement longitudinal.
  • Deux dipĂŽles horizontaux superposĂ©s (empilement vertical) : l’axe du rĂ©seau est vertical, le maximum du facteur de rĂ©seau est horizontal et coĂŻncide avec celui des dipĂŽles. C’est la configuration classique des antennes empilĂ©es sur 2 m et 70 cm.
  • Deux dipĂŽles colinĂ©aires, bout Ă  bout : mĂȘme logique, le maximum est perpendiculaire aux brins.
  • Deux dipĂŽles verticaux ou deux verticales posĂ©s cĂŽte Ă  cĂŽte : chaque Ă©lĂ©ment est omnidirectionnel dans le plan horizontal, et le diagramme horizontal est alors exactement le facteur de rĂ©seau. C’est la disposition la plus pĂ©dagogique pour reproduire les figures ci-dessus.

Couplage mutuel

Deux Ă©lĂ©ments proches ne sont pas indĂ©pendants : le courant dans l’un induit une tension dans l’autre. Pour deux dipĂŽles demi-onde fins, parallĂšles et espacĂ©s de λ/2, l’impĂ©dance mutuelle vaut environ −12,5 âˆ’ j30 Î©, Ă  comparer Ă  l’impĂ©dance propre d’environ 73 + j42 Î© d’un dipĂŽle demi-onde exact. AlimentĂ©s en phase, chacun prĂ©sente alors environ 60 + j13 Î© ; en opposition, environ 85 + j72 Î©. La mĂȘme antenne ne voit donc pas la mĂȘme impĂ©dance selon le dĂ©phasage choisi, et l’adaptation doit ĂȘtre revue pour chaque configuration.

Alimentation et lignes de déphasage

Le dĂ©phasage s’obtient le plus souvent avec une longueur de cĂąble supplĂ©mentaire. Deux piĂšges classiques :

  • Le coefficient de vĂ©locitĂ©. Dans un cĂąble coaxial, l’onde se propage moins vite que dans le vide. Un quart d’onde Ă©lectrique Ă  144,300 MHz mesure 51,9 cm dans l’air, mais environ 34,3 cm en cĂąble Ă  diĂ©lectrique polyĂ©thylĂšne plein (coefficient 0,66, type RG-58 ou RG-213) et environ 43,1 cm en Aircell 7 (coefficient 0,83). Le coefficient rĂ©el doit ĂȘtre vĂ©rifiĂ© sur la fiche du cĂąble, ou mieux mesurĂ© Ă  l’analyseur.
  • Le dĂ©phasage de la ligne n’est pas celui des courants. Un tronçon de cĂąble ne produit exactement le retard attendu que s’il est chargĂ© par son impĂ©dance caractĂ©ristique. À cause du couplage mutuel, ce n’est pas le cas des Ă©lĂ©ments d’un rĂ©seau : le dĂ©phasage rĂ©el des courants peut s’écarter nettement de la valeur calculĂ©e. La mĂ©thode d’alimentation par lignes quart d’onde dĂ©crite par Roy Lewallen, W7EL, exploite une propriĂ©tĂ© utile : Ă  la sortie d’une ligne quart d’onde sans pertes, le courant ne dĂ©pend que de la tension d’entrĂ©e et non de la charge. Elle permet d’imposer des courants maĂźtrisĂ©s.

Un simulateur de type NEC tient compte de ces effets, à condition de modéliser les lignes de transmission avec leur coefficient de vélocité.

Comportement selon les bandes radioamateurs

Le principe est le mĂȘme sur toutes les bandes, mais les dimensions changent fortement avec la frĂ©quence.

BandeFrĂ©quenceλÉcartement λ/2Écartement λ/4
80 m3,6 MHz83,3 m41,6 m20,8 m
40 m7,1 MHz42,2 m21,1 m10,6 m
20 m14,2 MHz21,1 m10,6 m5,28 m
10 m28,5 MHz10,5 m5,26 m2,63 m
6 m50,2 MHz5,97 m2,99 m1,49 m
2 m144,3 MHz2,08 m1,04 m52 cm
70 cm432,2 MHz69,4 cm34,7 cm17,3 cm
23 cm1 296 MHz23,1 cm11,6 cm5,8 cm

Sur 80 et 40 m, un rĂ©seau Ă  deux Ă©lĂ©ments demande un terrain consĂ©quent. Il reste courant sous forme de deux verticales espacĂ©es d’un quart d’onde et alimentĂ©es Ă  90°, qui tiennent sur un terrain de taille raisonnable et donnent une cardioĂŻde commutable dans deux directions.

Sur 20 et 10 m, l’expĂ©rience devient abordable : deux verticales ou deux dipĂŽles, mis en phase par des lignes de longueur calculĂ©e.

Sur 2 m, 70 cm et 23 cm, la manipulation est la plus accessible. Les dimensions sont modestes, les lignes de dĂ©phasage courtes, et les effets directionnels se mesurent facilement. C’est aussi le domaine naturel des Yagi, des panneaux, des rĂ©seaux de dipĂŽles et des antennes Ă  fentes. En contrepartie, les tolĂ©rances mĂ©caniques se resserrent : sur 23 cm, un centimĂštre d’erreur sur une ligne de dĂ©phasage en coaxial reprĂ©sente dĂ©jĂ  plus de 20° Ă©lectriques.

Exemple théorique sur 144,300 MHz

Prenons 144,300 MHz, frĂ©quence d’appel en SSB sur 2 m en RĂ©gion 1 IARU.

λ = 299 792 458 / 144 300 000 ≈ 2,078 msoit un Ă©cartement demi-onde d ≈ 1,04 m et un Ă©cartement quart d’onde ≈ 52 cm

Pour observer le diagramme dans le plan horizontal, le plus simple est d’utiliser deux dipĂŽles verticaux espacĂ©s de 1,04 m. AlimentĂ©s en phase, ils donnent deux lobes opposĂ©s, perpendiculaires Ă  la ligne qui les joint, et deux zĂ©ros dans l’axe. En opposition de phase, lobes et zĂ©ros permutent. Avec 52 cm d’écartement et 90° de dĂ©phasage, on obtient la cardioĂŻde.

Attention Ă  la polarisation : le trafic SSB et CW sur 2 m se fait en polarisation horizontale. Pour une antenne destinĂ©e au trafic et non Ă  la dĂ©monstration, on prĂ©fĂ©rera deux dipĂŽles horizontaux empilĂ©s verticalement, Ă  environ 1,04 m l’un au-dessus de l’autre, ou deux dipĂŽles colinĂ©aires.

Le sol : une seconde source que l’on ne voit pas

Le sol joue lui-mĂȘme le rĂŽle de deuxiĂšme fente. Au-dessus d’un sol conducteur, une antenne se comporte comme si elle Ă©tait accompagnĂ©e d’une antenne image placĂ©e symĂ©triquement sous le sol. Pour un dipĂŽle horizontal, cette image est en opposition de phase et l’interfĂ©rence entre l’antenne et son image crĂ©e des lobes dans le plan vertical. L’angle d’élĂ©vation α1 du premier lobe, pour une hauteur h, est donnĂ© par :

sin α1 = λ / (4h)

Un dipĂŽle 20 m Ă  10 m de hauteur a son premier lobe vers 32° d’élĂ©vation ; un dipĂŽle 2 m Ă  la mĂȘme hauteur, vers 3°. C’est la mĂȘme physique que celle des fentes de Young, simplement tournĂ©e de 90°. Un sol rĂ©el, imparfaitement conducteur, attĂ©nue et dĂ©forme ces lobes, surtout en polarisation verticale.

Le rîle de l’environnement

Une simulation réaliste ne peut pas se limiter à deux sources idéales. Le sol, le mùt, les cùbles coaxiaux, les haubans et les objets métalliques voisins modifient le résultat. Les paramÚtres à prendre en compte sont :

  • la frĂ©quence exacte de travail ;
  • la gĂ©omĂ©trie, l’orientation et le diamĂštre des Ă©lĂ©ments ;
  • l’écartement entre les Ă©lĂ©ments ;
  • la hauteur au-dessus du sol et la nature du terrain ;
  • la prĂ©sence d’un plan de sol ou d’un rĂ©flecteur ;
  • le couplage mutuel ;
  • les pertes, les longueurs et le coefficient de vĂ©locitĂ© des cĂąbles ;
  • le dĂ©phasage et l’équilibre d’amplitude rĂ©ellement obtenus Ă  l’alimentation ;
  • l’impĂ©dance et le ROS rĂ©sultants ;
  • les courants de gaine sur les coaxiaux, qui transforment le cĂąble en Ă©lĂ©ment rayonnant supplĂ©mentaire.

Deux dipĂŽles identiques sur le papier peuvent se comporter trĂšs diffĂ©remment sur le terrain si l’un est proche d’un mĂąt mĂ©tallique ou si le coaxial rayonne. Un balun ou une self de choc Ă  chaque point d’alimentation n’est pas un luxe dans ce type de montage.

Simulation Ă©lectromagnĂ©tique, avec l’aide de l’intelligence artificielle

Pour aller au-delĂ  de la formule thĂ©orique, j’ai demandĂ© Ă  une intelligence artificielle de m’aider Ă  prĂ©parer une simulation rĂ©aliste. L’objectif n’est pas de remplacer un logiciel de calcul Ă©lectromagnĂ©tique, ni les mesures, mais de structurer l’expĂ©rience : dimensions, frĂ©quence, Ă©cartement, alimentation, dĂ©phasage et reprĂ©sentation du diagramme.

L’IA peut aider à :

  • calculer les longueurs d’onde et les longueurs de lignes ;
  • proposer un Ă©cartement initial ;
  • gĂ©nĂ©rer plusieurs scĂ©narios de dĂ©phasage ;
  • comparer le comportement sur diffĂ©rentes bandes ;
  • prĂ©parer les fichiers d’entrĂ©e pour 4NEC2, MMANA-GAL, openEMS, FEKO, CST Studio ou HFSS ;
  • aider Ă  interprĂ©ter les lobes, les zĂ©ros et le gain ;
  • produire une visualisation pĂ©dagogique.

Ses rĂ©sultats doivent toutefois ĂȘtre vĂ©rifiĂ©s, en particulier les longueurs et les impĂ©dances : une erreur de calcul plausible passe facilement inaperçue.

Quel logiciel choisir

Pour des antennes filaires, 4NEC2 et MMANA-GAL sont gratuits et bien connus des radioamateurs. Ils ne reposent pas sur le mĂȘme moteur : 4NEC2 utilise NEC-2, qui prend en compte un sol rĂ©el dans le calcul des courants ; MMANA-GAL utilise MININEC, qui calcule les courants au-dessus d’un sol parfait et n’applique le sol rĂ©el qu’au rayonnement. Pour une antenne basse sur les bandes HF, NEC-2 est donc plus fiable ; sur 2 m Ă  plusieurs longueurs d’onde de hauteur, la diffĂ©rence est faible.

Pour de véritables fentes dans une surface métallique, une antenne à ouverture ou une structure complexe, il faut un solveur plein-onde : openEMS (libre, méthode FDTD), ou les outils commerciaux CST Studio, HFSS et FEKO.

Ce que la simulation doit montrer

  • le diagramme de rayonnement en 2D, et si possible en 3D ;
  • le gain maximal en dBi ;
  • la direction des lobes et celle des zĂ©ros, ainsi que la profondeur de ces zĂ©ros ;
  • l’impĂ©dance d’entrĂ©e de chaque Ă©lĂ©ment, qui diffĂšre selon le dĂ©phasage ;
  • le ROS en fonction de la frĂ©quence ;
  • l’influence du sol et de la hauteur ;
  • l’effet du dĂ©phasage et celui d’un dĂ©sĂ©quilibre d’amplitude entre les Ă©lĂ©ments ;
  • l’effet de l’écartement exprimĂ© en fraction de longueur d’onde.

Passer Ă  la mesure

Une antenne a le mĂȘme diagramme en Ă©mission et en rĂ©ception : c’est le principe de rĂ©ciprocitĂ©. On peut donc relever le diagramme d’un rĂ©seau 2 m en rĂ©ception, avec une balise lointaine ou un petit Ă©metteur de test placĂ© en champ lointain, et un rĂ©cepteur disposant d’un S-mĂštre ou d’un affichage de niveau, par exemple un rĂ©cepteur SDR.

Il faut s’attendre Ă  des zĂ©ros moins profonds qu’en thĂ©orie. Une erreur de 5° sur le dĂ©phasage suffit Ă  limiter l’annulation Ă  environ −27 dB, et un lĂ©ger Ă©cart d’amplitude produit un effet comparable. Obtenir 20 Ă  30 dB de rĂ©jection dans la direction d’un zĂ©ro est dĂ©jĂ  un bon rĂ©sultat.

Conclusion

L’expĂ©rience des fentes de Young est une excellente porte d’entrĂ©e pour comprendre la directivitĂ© en radio. En remplaçant les deux fentes par deux sources cohĂ©rentes, on retrouve les mĂȘmes additions et annulations, appliquĂ©es aux ondes Ă©lectromagnĂ©tiques. La radio ajoute un rĂ©glage que l’optique de Young n’offrait pas : le dĂ©phasage entre les sources, qui permet d’orienter le faisceau sans rien dĂ©placer.

Une antenne n’est donc pas un simple morceau de mĂ©tal. Sa forme, son orientation, son alimentation, son environnement et surtout l’amplitude et la phase des courants qui y circulent dĂ©terminent oĂč part l’énergie.

La suite de cette Ă©tude consistera Ă  choisir une bande, probablement le 2 m ou le 70 cm, puis Ă  simuler deux dipĂŽles ou deux fentes alimentĂ©s avec plusieurs dĂ©phasages : 0°, 90° et 180°. Les rĂ©sultats seront ensuite comparĂ©s Ă  une rĂ©alisation pratique, Ă  des mesures de ROS et Ă  des relevĂ©s de niveau dans diffĂ©rentes directions.

Pour aller plus loin

  • John D. Kraus, Ronald J. Marhefka, Antennas for All Applications, McGraw-Hill : rĂ©seaux de sources ponctuelles, multiplication des diagrammes.
  • Constantine A. Balanis, Antenna Theory: Analysis and Design, Wiley : facteur de rĂ©seau, impĂ©dances mutuelles, principe de Babinet.
  • The ARRL Antenna Book, chapitre consacrĂ© aux rĂ©seaux phasĂ©s, avec la mĂ©thode d’alimentation de Roy Lewallen, W7EL.