En Ă©tudiant lâexpĂ©rience des fentes de Young, une question mâest venue : les interfĂ©rences observĂ©es avec la lumiĂšre peuvent-elles ĂȘtre transposĂ©es aux ondes radio pour concevoir, ou au moins modĂ©liser, une antenne directionnelle ? La rĂ©ponse est oui, et ce nâest pas quâune analogie : câest exactement le principe des rĂ©seaux dâantennes.
LâexpĂ©rience de Thomas Young (1801) repose sur deux ouvertures trĂšs proches Ă©clairĂ©es par une mĂȘme source. DerriĂšre lâĂ©cran, les deux ondes se superposent : Ă certains endroits elles sâadditionnent, Ă dâautres elles sâannulent. On obtient une figure dâinterfĂ©rences, faite de franges claires et sombres. En radio, le mĂȘme mĂ©canisme est au cĆur des rĂ©seaux dâantennes, des antennes Ă Ă©lĂ©ments phasĂ©s, des panneaux sectoriels des relais de tĂ©lĂ©phonie mobile, des radars Ă balayage Ă©lectronique, et plus modestement des verticales phasĂ©es que beaucoup de radioamateurs utilisent sur les bandes basses.
Physique classique, physique quantique : ne pas mélanger
LâexpĂ©rience de Young sert aussi Ă illustrer la physique quantique lorsque lâon envoie les photons, ou des Ă©lectrons, un par un : la figure dâinterfĂ©rences se construit alors impact aprĂšs impact. Une antenne radio, elle, relĂšve entiĂšrement de lâĂ©lectromagnĂ©tisme classique de Maxwell. Il nây a rien de quantique dans le diagramme dâun rĂ©seau de deux dipĂŽles. Le point commun est la superposition des ondes : dans chaque direction, lâamplitude et la phase de chaque contribution dĂ©terminent si lâaddition est constructive ou destructive.
Les deux conditions souvent oubliées : cohérence et champ lointain
Young nâobtenait pas de franges avec deux bougies. Il fallait que les deux fentes soient Ă©clairĂ©es par la mĂȘme source, pour que la diffĂ©rence de phase entre les deux ondes reste fixe dans le temps. Câest la notion de cohĂ©rence. En radio, câest la mĂȘme chose : deux Ă©metteurs indĂ©pendants, mĂȘme rĂ©glĂ©s sur la mĂȘme frĂ©quence, ne produisent pas de figure stable, car leur phase relative dĂ©rive en permanence. Dans un rĂ©seau dâantennes, les deux Ă©lĂ©ments sont alimentĂ©s par le mĂȘme Ă©metteur, Ă travers des lignes dont on maĂźtrise la longueur : la cohĂ©rence est garantie par construction.
DeuxiĂšme condition : les formules qui suivent dĂ©crivent le champ lointain, câest-Ă -dire une observation faite assez loin pour que les rayons issus des deux Ă©lĂ©ments soient pratiquement parallĂšles. En pratique, on considĂšre que lâon y est lorsque la distance dĂ©passe plusieurs longueurs dâonde et vaut au moins 2DÂČ/λ, oĂč D est la plus grande dimension de lâantenne. Une mesure faite Ă deux mĂštres dâun rĂ©seau 2 m ne donne donc pas son diagramme rĂ©el.
Correspondance entre lâexpĂ©rience optique et le rĂ©seau radio
| Expérience de Young | Réseau de deux antennes |
|---|---|
| Source lumineuse unique | Ămetteur unique et ligne dâalimentation commune |
| Deux fentes | Deux éléments rayonnants (dipÎles, verticales, fentes) |
| Ăcart a entre les fentes | Ăcartement d entre les Ă©lĂ©ments |
| Position sur lâĂ©cran | Direction dâobservation Ξ |
| Frange claire | Lobe de rayonnement |
| Frange sombre | Zéro (annulation) du diagramme |
| Lame de verre placĂ©e devant une fente | DĂ©phasage Ă©lectrique ÎČ imposĂ© entre les alimentations |
La derniĂšre ligne est la plus intĂ©ressante. Dans lâexpĂ©rience de base, les deux fentes sont en phase ; une lame de verre placĂ©e devant lâune dâelles retarde son onde et dĂ©cale toute la figure de franges. En radio, ce rĂ©glage est facile : on retarde lâune des alimentations et les lobes se dĂ©placent sans que lâantenne bouge.
De deux fentes Ă deux sources radio
Dans la transposition radio, les deux fentes peuvent ĂȘtre remplacĂ©es par :
- deux dipĂŽles identiques ;
- deux verticales identiques ;
- deux fentes découpées dans une surface métallique (antennes à fentes) ;
- deux éléments rayonnants alimentés par une ligne commune, avec un déphasage maßtrisé.
Le cas des fentes mĂ©talliques mĂ©rite une prĂ©cision. DâaprĂšs le principe de Babinet, une fente demi-onde dĂ©coupĂ©e dans un plan mĂ©tallique se comporte comme le « complĂ©mentaire » dâun dipĂŽle demi-onde : mĂȘme forme de diagramme, mais avec les champs Ă©lectrique et magnĂ©tique permutĂ©s. ConsĂ©quence pratique : une fente horizontale rayonne en polarisation verticale, et inversement. Son impĂ©dance est aussi trĂšs diffĂ©rente : le produit des impĂ©dances de la fente et du dipĂŽle complĂ©mentaire vaut environ ηÂČ/4 â 35 500 ΩÂČ, soit de lâordre de 485 Ω pour une fente demi-onde en espace libre, contre 73 Ω pour le dipĂŽle.
Chaque Ă©lĂ©ment Ă©met une onde. Ă distance, le rĂ©cepteur reçoit la somme vectorielle des deux signaux. Arrivant en phase, ils se renforcent ; arrivant en opposition de phase et avec la mĂȘme amplitude, ils sâannulent.
Le facteur de réseau
ConsidĂ©rons deux Ă©lĂ©ments espacĂ©s dâune distance d. On repĂšre une direction par lâangle Ξ mesurĂ© depuis la perpendiculaire Ă lâaxe qui joint les deux Ă©lĂ©ments. La diffĂ©rence de trajet entre les deux ondes vaut d sin Ξ, ce qui donne un dĂ©phasage gĂ©omĂ©trique :
- λ est la longueur dâonde, en mĂštres ;
- c est la vitesse de la lumiÚre dans le vide, 299 792 458 m/s (valeur exacte, fixée par la définition du mÚtre) ;
- f est la fréquence, en hertz ;
- d est lâĂ©cartement entre les centres des deux Ă©lĂ©ments ;
- Ξ est la direction étudiée.
Si lâon ajoute un dĂ©phasage Ă©lectrique ÎČ entre les deux alimentations (ici, lâĂ©lĂ©ment de droite est en avance de ÎČ sur celui de gauche), le dĂ©phasage total devient :
Pour deux Ă©lĂ©ments identiques alimentĂ©s avec la mĂȘme amplitude, le module du facteur de rĂ©seau vaut :
et la densité de puissance rayonnée est proportionnelle à son carré :
Cette expression suppose des Ă©lĂ©ments isotropes, rayonnant de la mĂȘme façon dans toutes les directions. Avec de vraies antennes, il faut encore la multiplier par le diagramme propre de chaque Ă©lĂ©ment ; nous y reviendrons, car câest un point dĂ©cisif.
Addition et annulation des signaux
Le maximum est atteint lorsque Κ = 2Ïn, avec n entier. Lâannulation se produit lorsque Κ = (2n + 1)Ï. Ce sont les Ă©quivalents radio des franges claires et sombres de Young. Dâailleurs, avec ÎČ = 0, la condition de maximum sâĂ©crit d sin Ξ = nλ : câest exactement la formule des franges brillantes en optique.
Comme sin Ξ reste compris entre â1 et +1, seules quelques valeurs de n sont atteignables. Câest ce qui limite le nombre de lobes pour un Ă©cartement donnĂ©, et câest pourquoi un Ă©cartement rĂ©duit donne peu de lobes.
Avec deux sources seulement, tous les lobes du facteur de rĂ©seau ont la mĂȘme amplitude. Il nâexiste pas de « lobes secondaires » plus faibles comme dans une Yagi ou un rĂ©seau de huit Ă©lĂ©ments : on a soit un lobe, soit un autre lobe aussi fort que le premier. Le vrai risque, lorsque lâĂ©cartement augmente, est lâapparition de lobes de rĂ©seau dâamplitude maximale dans des directions non souhaitĂ©es.
Quatre cas types
Les diagrammes ci-dessous reprĂ©sentent lâamplitude relative du champ, dans le plan qui contient les deux Ă©lĂ©ments (points noirs), avec des Ă©lĂ©ments isotropes. La direction 0° est la perpendiculaire au rĂ©seau ; ±90° correspond Ă lâaxe qui joint les deux Ă©lĂ©ments.
En phase, à λ/2 : le réseau transversal
Avec ÎČ = 0 et d = λ/2, le maximum se trouve face au rĂ©seau, Ă 0°, et dans lâaxe les deux ondes arrivent avec une demi-longueur dâonde dâĂ©cart : elles sâannulent. Point souvent oubliĂ© : le diagramme est bidirectionnel. Le lobe Ă 180° est identique Ă celui de 0°. Pour obtenir un rayonnement dans une seule direction, il faut un rĂ©flecteur, un plan de masse, ou un autre rĂ©glage de phase.
En opposition, à λ/2 : le réseau longitudinal
Avec ÎČ = 180°, la situation sâinverse : annulation face au rĂ©seau, maxima dans lâaxe des Ă©lĂ©ments. LĂ encore, le diagramme est bidirectionnel. Le principe est proche de celui de lâantenne W8JK, qui utilise deux Ă©lĂ©ments en opposition de phase, mais avec un Ă©cartement bien plus faible.
λ/4 et 90° : la cardioïde
Câest le cas le plus utile pour un radioamateur, et il manquait dans la plupart des prĂ©sentations simplifiĂ©es. Avec d = λ/4 et ÎČ = 90°, les deux ondes sâadditionnent en phase dâun cĂŽtĂ© et arrivent en opposition exacte de lâautre. On obtient un diagramme en cardioĂŻde : un seul lobe, orientĂ© vers lâĂ©lĂ©ment alimentĂ© en retard de phase, et un zĂ©ro franc Ă lâarriĂšre. Câest le principe des paires de verticales phasĂ©es sur 40 ou 80 m, et celui qui explique le fonctionnement des antennes HB9CV et ZL-Special, oĂč deux Ă©lĂ©ments proches sont alimentĂ©s avec un dĂ©phasage.
λ en phase : trop dâĂ©cartement
Ă une longueur dâonde dâĂ©cartement, la diffĂ©rence de trajet dans lâaxe vaut exactement λ : les ondes sâadditionnent Ă nouveau. On obtient quatre lobes dâĂ©gale amplitude, Ă 0°, 180° et ±90°, sĂ©parĂ©s par des zĂ©ros à ±30° et ±150°. LâĂ©nergie part dans des directions non dĂ©sirĂ©es.
Orienter le faisceau par la phase
En choisissant ÎČ, on dĂ©place le maximum principal. Celui-ci se trouve dans la direction Ξ0 telle que :
Exemple : avec d = λ/2 et ÎČ = 90°, on trouve sin Ξ0 = â0,5, soit Ξ0 = â30°. Le lobe sâest inclinĂ© de 30° vers lâĂ©lĂ©ment en retard, sans aucun mouvement mĂ©canique. Câest le principe du balayage Ă©lectronique des radars et des antennes 5G, poussĂ© Ă des dizaines ou des centaines dâĂ©lĂ©ments.
La limite : plus on dĂ©pointe le faisceau, plus le risque de lobes de rĂ©seau augmente. Pour les Ă©viter jusquâĂ un angle de dĂ©pointage Ξ0, lâĂ©cartement doit respecter :
Sans dĂ©pointage, cela autorise un Ă©cartement proche de λ ; pour pouvoir balayer jusquâà ±90°, il faut rester sous λ/2. Câest la vĂ©ritable justification de la rĂšgle du demi-onde.
Choix de lâĂ©cartement
Un Ă©cartement dâune demi-longueur dâonde reste un bon point de dĂ©part : il donne des zĂ©ros bien placĂ©s et laisse de la marge pour orienter le faisceau. Dans les cas idĂ©aux prĂ©sentĂ©s plus haut, le rĂ©seau apporte environ 3 dB de directivitĂ© par rapport Ă un Ă©lĂ©ment seul : la puissance nâest pas créée, elle est redistribuĂ©e vers les lobes et retirĂ©e des zĂ©ros.
Si lâĂ©cartement dĂ©passe nettement λ/2 sans dĂ©phasage adaptĂ©, de nouveaux lobes dâamplitude maximale apparaissent ; Ă partir de λ, ils pointent dans lâaxe du rĂ©seau. Ă lâinverse, en dessous de λ/4 environ, le couplage mutuel devient fort : lâimpĂ©dance de chaque Ă©lĂ©ment change beaucoup, lâadaptation devient dĂ©licate et les pertes ohmiques peuvent annuler une partie du gain espĂ©rĂ©.
Lâorientation des Ă©lĂ©ments compte autant que lâĂ©cartement
Le diagramme rĂ©el dâun rĂ©seau est le produit du facteur de rĂ©seau par le diagramme dâun Ă©lĂ©ment seul. Câest le principe de multiplication des diagrammes. Il a une consĂ©quence que lâon oublie facilement : deux dipĂŽles « en phase à λ/2 » ne donnent pas le mĂȘme rĂ©sultat selon leur disposition.
- Deux dipĂŽles horizontaux parallĂšles, cĂŽte Ă cĂŽte Ă la mĂȘme hauteur : lâaxe du rĂ©seau est perpendiculaire aux brins. Dans le plan horizontal, le dipĂŽle rayonne au maximum dans lâaxe du rĂ©seau, prĂ©cisĂ©ment lĂ oĂč le facteur de rĂ©seau en phase sâannule. En phase, le maximum part vers le haut ; cette disposition convient surtout en opposition de phase, en rayonnement longitudinal.
- Deux dipĂŽles horizontaux superposĂ©s (empilement vertical) : lâaxe du rĂ©seau est vertical, le maximum du facteur de rĂ©seau est horizontal et coĂŻncide avec celui des dipĂŽles. Câest la configuration classique des antennes empilĂ©es sur 2 m et 70 cm.
- Deux dipĂŽles colinĂ©aires, bout Ă bout : mĂȘme logique, le maximum est perpendiculaire aux brins.
- Deux dipĂŽles verticaux ou deux verticales posĂ©s cĂŽte Ă cĂŽte : chaque Ă©lĂ©ment est omnidirectionnel dans le plan horizontal, et le diagramme horizontal est alors exactement le facteur de rĂ©seau. Câest la disposition la plus pĂ©dagogique pour reproduire les figures ci-dessus.
Couplage mutuel
Deux Ă©lĂ©ments proches ne sont pas indĂ©pendants : le courant dans lâun induit une tension dans lâautre. Pour deux dipĂŽles demi-onde fins, parallĂšles et espacĂ©s de λ/2, lâimpĂ©dance mutuelle vaut environ â12,5 â j30 Ω, Ă comparer Ă lâimpĂ©dance propre dâenviron 73 + j42 Ω dâun dipĂŽle demi-onde exact. AlimentĂ©s en phase, chacun prĂ©sente alors environ 60 + j13 Ω ; en opposition, environ 85 + j72 Ω. La mĂȘme antenne ne voit donc pas la mĂȘme impĂ©dance selon le dĂ©phasage choisi, et lâadaptation doit ĂȘtre revue pour chaque configuration.
Alimentation et lignes de déphasage
Le dĂ©phasage sâobtient le plus souvent avec une longueur de cĂąble supplĂ©mentaire. Deux piĂšges classiques :
- Le coefficient de vĂ©locitĂ©. Dans un cĂąble coaxial, lâonde se propage moins vite que dans le vide. Un quart dâonde Ă©lectrique Ă 144,300 MHz mesure 51,9 cm dans lâair, mais environ 34,3 cm en cĂąble Ă diĂ©lectrique polyĂ©thylĂšne plein (coefficient 0,66, type RG-58 ou RG-213) et environ 43,1 cm en Aircell 7 (coefficient 0,83). Le coefficient rĂ©el doit ĂȘtre vĂ©rifiĂ© sur la fiche du cĂąble, ou mieux mesurĂ© Ă lâanalyseur.
- Le dĂ©phasage de la ligne nâest pas celui des courants. Un tronçon de cĂąble ne produit exactement le retard attendu que sâil est chargĂ© par son impĂ©dance caractĂ©ristique. Ă cause du couplage mutuel, ce nâest pas le cas des Ă©lĂ©ments dâun rĂ©seau : le dĂ©phasage rĂ©el des courants peut sâĂ©carter nettement de la valeur calculĂ©e. La mĂ©thode dâalimentation par lignes quart dâonde dĂ©crite par Roy Lewallen, W7EL, exploite une propriĂ©tĂ© utile : Ă la sortie dâune ligne quart dâonde sans pertes, le courant ne dĂ©pend que de la tension dâentrĂ©e et non de la charge. Elle permet dâimposer des courants maĂźtrisĂ©s.
Un simulateur de type NEC tient compte de ces effets, à condition de modéliser les lignes de transmission avec leur coefficient de vélocité.
Comportement selon les bandes radioamateurs
Le principe est le mĂȘme sur toutes les bandes, mais les dimensions changent fortement avec la frĂ©quence.
| Bande | FrĂ©quence | λ | Ăcartement λ/2 | Ăcartement λ/4 |
|---|---|---|---|---|
| 80 m | 3,6 MHz | 83,3 m | 41,6 m | 20,8 m |
| 40 m | 7,1 MHz | 42,2 m | 21,1 m | 10,6 m |
| 20 m | 14,2 MHz | 21,1 m | 10,6 m | 5,28 m |
| 10 m | 28,5 MHz | 10,5 m | 5,26 m | 2,63 m |
| 6 m | 50,2 MHz | 5,97 m | 2,99 m | 1,49 m |
| 2 m | 144,3 MHz | 2,08 m | 1,04 m | 52 cm |
| 70 cm | 432,2 MHz | 69,4 cm | 34,7 cm | 17,3 cm |
| 23 cm | 1 296 MHz | 23,1 cm | 11,6 cm | 5,8 cm |
Sur 80 et 40 m, un rĂ©seau Ă deux Ă©lĂ©ments demande un terrain consĂ©quent. Il reste courant sous forme de deux verticales espacĂ©es dâun quart dâonde et alimentĂ©es Ă 90°, qui tiennent sur un terrain de taille raisonnable et donnent une cardioĂŻde commutable dans deux directions.
Sur 20 et 10 m, lâexpĂ©rience devient abordable : deux verticales ou deux dipĂŽles, mis en phase par des lignes de longueur calculĂ©e.
Sur 2 m, 70 cm et 23 cm, la manipulation est la plus accessible. Les dimensions sont modestes, les lignes de dĂ©phasage courtes, et les effets directionnels se mesurent facilement. Câest aussi le domaine naturel des Yagi, des panneaux, des rĂ©seaux de dipĂŽles et des antennes Ă fentes. En contrepartie, les tolĂ©rances mĂ©caniques se resserrent : sur 23 cm, un centimĂštre dâerreur sur une ligne de dĂ©phasage en coaxial reprĂ©sente dĂ©jĂ plus de 20° Ă©lectriques.
Exemple théorique sur 144,300 MHz
Prenons 144,300 MHz, frĂ©quence dâappel en SSB sur 2 m en RĂ©gion 1 IARU.
Pour observer le diagramme dans le plan horizontal, le plus simple est dâutiliser deux dipĂŽles verticaux espacĂ©s de 1,04 m. AlimentĂ©s en phase, ils donnent deux lobes opposĂ©s, perpendiculaires Ă la ligne qui les joint, et deux zĂ©ros dans lâaxe. En opposition de phase, lobes et zĂ©ros permutent. Avec 52 cm dâĂ©cartement et 90° de dĂ©phasage, on obtient la cardioĂŻde.
Attention Ă la polarisation : le trafic SSB et CW sur 2 m se fait en polarisation horizontale. Pour une antenne destinĂ©e au trafic et non Ă la dĂ©monstration, on prĂ©fĂ©rera deux dipĂŽles horizontaux empilĂ©s verticalement, Ă environ 1,04 m lâun au-dessus de lâautre, ou deux dipĂŽles colinĂ©aires.
Le sol : une seconde source que lâon ne voit pas
Le sol joue lui-mĂȘme le rĂŽle de deuxiĂšme fente. Au-dessus dâun sol conducteur, une antenne se comporte comme si elle Ă©tait accompagnĂ©e dâune antenne image placĂ©e symĂ©triquement sous le sol. Pour un dipĂŽle horizontal, cette image est en opposition de phase et lâinterfĂ©rence entre lâantenne et son image crĂ©e des lobes dans le plan vertical. Lâangle dâĂ©lĂ©vation α1 du premier lobe, pour une hauteur h, est donnĂ© par :
Un dipĂŽle 20 m Ă 10 m de hauteur a son premier lobe vers 32° dâĂ©lĂ©vation ; un dipĂŽle 2 m Ă la mĂȘme hauteur, vers 3°. Câest la mĂȘme physique que celle des fentes de Young, simplement tournĂ©e de 90°. Un sol rĂ©el, imparfaitement conducteur, attĂ©nue et dĂ©forme ces lobes, surtout en polarisation verticale.
Le rĂŽle de lâenvironnement
Une simulation réaliste ne peut pas se limiter à deux sources idéales. Le sol, le mùt, les cùbles coaxiaux, les haubans et les objets métalliques voisins modifient le résultat. Les paramÚtres à prendre en compte sont :
- la fréquence exacte de travail ;
- la gĂ©omĂ©trie, lâorientation et le diamĂštre des Ă©lĂ©ments ;
- lâĂ©cartement entre les Ă©lĂ©ments ;
- la hauteur au-dessus du sol et la nature du terrain ;
- la prĂ©sence dâun plan de sol ou dâun rĂ©flecteur ;
- le couplage mutuel ;
- les pertes, les longueurs et le coefficient de vélocité des cùbles ;
- le dĂ©phasage et lâĂ©quilibre dâamplitude rĂ©ellement obtenus Ă lâalimentation ;
- lâimpĂ©dance et le ROS rĂ©sultants ;
- les courants de gaine sur les coaxiaux, qui transforment le cùble en élément rayonnant supplémentaire.
Deux dipĂŽles identiques sur le papier peuvent se comporter trĂšs diffĂ©remment sur le terrain si lâun est proche dâun mĂąt mĂ©tallique ou si le coaxial rayonne. Un balun ou une self de choc Ă chaque point dâalimentation nâest pas un luxe dans ce type de montage.
Simulation Ă©lectromagnĂ©tique, avec lâaide de lâintelligence artificielle
Pour aller au-delĂ de la formule thĂ©orique, jâai demandĂ© Ă une intelligence artificielle de mâaider Ă prĂ©parer une simulation rĂ©aliste. Lâobjectif nâest pas de remplacer un logiciel de calcul Ă©lectromagnĂ©tique, ni les mesures, mais de structurer lâexpĂ©rience : dimensions, frĂ©quence, Ă©cartement, alimentation, dĂ©phasage et reprĂ©sentation du diagramme.
LâIA peut aider Ă :
- calculer les longueurs dâonde et les longueurs de lignes ;
- proposer un écartement initial ;
- générer plusieurs scénarios de déphasage ;
- comparer le comportement sur différentes bandes ;
- prĂ©parer les fichiers dâentrĂ©e pour 4NEC2, MMANA-GAL, openEMS, FEKO, CST Studio ou HFSS ;
- aider à interpréter les lobes, les zéros et le gain ;
- produire une visualisation pédagogique.
Ses rĂ©sultats doivent toutefois ĂȘtre vĂ©rifiĂ©s, en particulier les longueurs et les impĂ©dances : une erreur de calcul plausible passe facilement inaperçue.
Quel logiciel choisir
Pour des antennes filaires, 4NEC2 et MMANA-GAL sont gratuits et bien connus des radioamateurs. Ils ne reposent pas sur le mĂȘme moteur : 4NEC2 utilise NEC-2, qui prend en compte un sol rĂ©el dans le calcul des courants ; MMANA-GAL utilise MININEC, qui calcule les courants au-dessus dâun sol parfait et nâapplique le sol rĂ©el quâau rayonnement. Pour une antenne basse sur les bandes HF, NEC-2 est donc plus fiable ; sur 2 m Ă plusieurs longueurs dâonde de hauteur, la diffĂ©rence est faible.
Pour de véritables fentes dans une surface métallique, une antenne à ouverture ou une structure complexe, il faut un solveur plein-onde : openEMS (libre, méthode FDTD), ou les outils commerciaux CST Studio, HFSS et FEKO.
Ce que la simulation doit montrer
- le diagramme de rayonnement en 2D, et si possible en 3D ;
- le gain maximal en dBi ;
- la direction des lobes et celle des zéros, ainsi que la profondeur de ces zéros ;
- lâimpĂ©dance dâentrĂ©e de chaque Ă©lĂ©ment, qui diffĂšre selon le dĂ©phasage ;
- le ROS en fonction de la fréquence ;
- lâinfluence du sol et de la hauteur ;
- lâeffet du dĂ©phasage et celui dâun dĂ©sĂ©quilibre dâamplitude entre les Ă©lĂ©ments ;
- lâeffet de lâĂ©cartement exprimĂ© en fraction de longueur dâonde.
Passer Ă la mesure
Une antenne a le mĂȘme diagramme en Ă©mission et en rĂ©ception : câest le principe de rĂ©ciprocitĂ©. On peut donc relever le diagramme dâun rĂ©seau 2 m en rĂ©ception, avec une balise lointaine ou un petit Ă©metteur de test placĂ© en champ lointain, et un rĂ©cepteur disposant dâun S-mĂštre ou dâun affichage de niveau, par exemple un rĂ©cepteur SDR.
Il faut sâattendre Ă des zĂ©ros moins profonds quâen thĂ©orie. Une erreur de 5° sur le dĂ©phasage suffit Ă limiter lâannulation Ă environ â27 dB, et un lĂ©ger Ă©cart dâamplitude produit un effet comparable. Obtenir 20 Ă 30 dB de rĂ©jection dans la direction dâun zĂ©ro est dĂ©jĂ un bon rĂ©sultat.
Conclusion
LâexpĂ©rience des fentes de Young est une excellente porte dâentrĂ©e pour comprendre la directivitĂ© en radio. En remplaçant les deux fentes par deux sources cohĂ©rentes, on retrouve les mĂȘmes additions et annulations, appliquĂ©es aux ondes Ă©lectromagnĂ©tiques. La radio ajoute un rĂ©glage que lâoptique de Young nâoffrait pas : le dĂ©phasage entre les sources, qui permet dâorienter le faisceau sans rien dĂ©placer.
Une antenne nâest donc pas un simple morceau de mĂ©tal. Sa forme, son orientation, son alimentation, son environnement et surtout lâamplitude et la phase des courants qui y circulent dĂ©terminent oĂč part lâĂ©nergie.
La suite de cette étude consistera à choisir une bande, probablement le 2 m ou le 70 cm, puis à simuler deux dipÎles ou deux fentes alimentés avec plusieurs déphasages : 0°, 90° et 180°. Les résultats seront ensuite comparés à une réalisation pratique, à des mesures de ROS et à des relevés de niveau dans différentes directions.
Pour aller plus loin
- John D. Kraus, Ronald J. Marhefka, Antennas for All Applications, McGraw-Hill : réseaux de sources ponctuelles, multiplication des diagrammes.
- Constantine A. Balanis, Antenna Theory: Analysis and Design, Wiley : facteur de réseau, impédances mutuelles, principe de Babinet.
- The ARRL Antenna Book, chapitre consacrĂ© aux rĂ©seaux phasĂ©s, avec la mĂ©thode dâalimentation de Roy Lewallen, W7EL.