Radioamateurisme · Informatique & radio
Le CAT : piloter son transceiver depuis un ordinateur
Lire la frĂ©quence, changer de mode, passer en Ă©mission, tout cela par une liaison sĂ©rie entre le PC et la radio. Petit tour d’horizon du principe, des protocoles et des liaisons physiques.
Qu’est-ce que le CAT ?
CAT signifie Computer Aided Transceiver : le pilotage d’un Ă©metteur-rĂ©cepteur par un ordinateur. Concrètement, l’ordinateur et la radio Ă©changent des ordres sur une liaison sĂ©rie. Le PC peut lire l’Ă©tat de la radio (frĂ©quence, mode, niveau S-mètre) et lui envoyer des consignes (changer de VFO, rĂ©gler la puissance, activer le split, dĂ©clencher l’Ă©mission).
Le terme a Ă©tĂ© forgĂ© par Yaesu Ă la fin des annĂ©es 1980 (on rencontre parfois « Computer Aided Tuning », mais ce n’est pas la dĂ©nomination d’origine), puis il s’est gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă tous les constructeurs. Aujourd’hui, dès que vous faites du FT8, du contest ou du logbook automatique, c’est le CAT qui travaille en arrière-plan.
À quoi ça sert
Le CAT n’est pas un gadget : il est devenu indispensable dès qu’un logiciel doit connaĂ®tre ou modifier l’Ă©tat de la radio.
- Modes numériques : WSJT-X, JTDX, FLDigi ou JS8Call lisent la fréquence et commandent le passage en émission.
- Journal de trafic : Log4OM, CQRLOG ou N1MM+ enregistrent automatiquement fréquence et mode de chaque QSO.
- Concours : le logiciel de contest suit la radio en temps réel et gère le split ou le second VFO.
- Pilotage Ă distance : la mĂŞme liaison, transportĂ©e sur le rĂ©seau, permet d’opĂ©rer une station distante.
- Automatismes : commutation d’antenne, pilotage d’un rotor de satellite, correction Doppler, boĂ®tes d’accord.
Comment ça marche
Sous le capot, le CAT est une simple liaison sĂ©rie asynchrone. Les donnĂ©es circulent bit Ă bit, sans horloge partagĂ©e, avec un format que les deux extrĂ©mitĂ©s doivent connaĂ®tre Ă l’avance. Le format le plus courant est le 8N1 : 8 bits de donnĂ©es, pas de paritĂ©, 1 bit de stop.
Deux paramètres doivent absolument concorder entre le PC et la radio :
- le débit (baud rate) : 4800, 9600, 19200, 38400, 57600 ou 115200 bauds selon les modèles ;
- le protocole : la « langue » dans laquelle les ordres sont formulés, propre à chaque constructeur.
Un mauvais dĂ©bit ou un mauvais protocole, et le dialogue Ă©choue silencieusement. C’est la cause numĂ©ro un des pannes de CAT.
Les grands protocoles
Chaque constructeur a défini son propre jeu de commandes. Trois familles dominent, plus quelques dérivés.
Icom — CI-V
Icom utilise le bus CI-V (Communication Interface V). Sa particularitĂ© : un seul fil bidirectionnel Ă collecteur ouvert, au niveau TTL. Plusieurs appareils peuvent partager le mĂŞme bus, chacun repĂ©rĂ© par une adresse en hexadĂ©cimal. L’IC-7300, par exemple, rĂ©pond par dĂ©faut Ă l’adresse 94h ; le contrĂ´leur (le PC) prend par convention l’adresse E0h.
Une trame CI-V se lit ainsi :
FE FE 94 E0 03 FD
│ │ │ │ │ └─ fin de trame
│ │ │ │ └───── commande (03 = lire la fréquence)
│ │ │ └───────── adresse émetteur (E0 = le PC)
│ │ └───────────── adresse destinataire (94 = IC-7300)
└──┴───────────────── préambule (deux octets FE)
Les donnĂ©es de frĂ©quence sont codĂ©es en BCD. Les dĂ©bits vont historiquement de 1200 Ă 19200 bauds, et jusqu’Ă 115200 sur les liaisons USB modernes.
Kenwood — commandes ASCII
Kenwood a choisi des commandes lisibles en clair, terminées par un point-virgule. Les fréquences sont codées sur 11 chiffres en hertz (avec complétion par des zéros à gauche) :
FA00014250000; règle la fréquence sur 14,250 MHz (11 chiffres)
FA; interroge la fréquence du VFO A
IF; renvoie l'état complet de la radio
Ce protocole a l’avantage d’ĂŞtre facile Ă observer avec un simple terminal sĂ©rie. Il a Ă©tĂ© si largement adoptĂ© qu’il sert aujourd’hui de rĂ©fĂ©rence chez d’autres constructeurs.
Yaesu — deux gĂ©nĂ©rations
Les anciennes radios (FT-817, FT-857, FT-897) utilisent un protocole binaire : des trames de cinq octets, soit quatre octets de paramètres suivis d’un octet d’instruction. Les modèles rĂ©cents (FT-991A, FTDX10, FT-710…) ont adoptĂ© un jeu de commandes ASCII terminĂ©es par un point-virgule, très proche du modèle Kenwood.
Elecraft, FlexRadio et les autres
Beaucoup de constructeurs se sont alignĂ©s sur le jeu de commandes Kenwood, souvent en l’Ă©tendant. Elecraft (K3, KX3) et FlexRadio en sont les exemples les plus connus. Cette convergence explique pourquoi un mĂŞme logiciel pilote des radios de marques diffĂ©rentes sans difficultĂ©.
| Marque | Protocole | Style | Terminaison |
|---|---|---|---|
| Icom | CI-V | Binaire, adressé, un fil | Octet FD |
| Kenwood | CAT ASCII | Texte lisible | Point-virgule |
| Yaesu (ancien) | CAT 5 octets | Binaire | Longueur fixe |
| Yaesu (récent) | CAT ASCII | Texte lisible | Point-virgule |
| Elecraft / Flex | Compatible Kenwood | Texte lisible | Point-virgule |
Les liaisons physiques
Le protocole dĂ©crit ce qu’on dit ; la liaison physique dĂ©crit comment le signal circule. Trois cas se prĂ©sentent.
RS-232
La liaison sĂ©rie historique, sur prise DB9. Les niveaux logiques sont inversĂ©s et Ă©levĂ©s : de -3 V Ă -15 V pour un ‘1’ (Mark) et de +3 V Ă +15 V pour un ‘0’ (Space). Pour dialoguer avec un microcontrĂ´leur ou une logique moderne, un adaptateur de niveau tel que le composant MAX232 est indispensable. On ne la trouve plus que sur les radios anciennes et les PC de bureau.
TTL
Le niveau logique direct : 0 et 3,3 V, ou 0 et 5 V selon les composants. C’est ce que l’on trouve en sortie des ponts USB-sĂ©rie et sur les bus comme le CI-V. Attention Ă ne pas mĂ©langer 3,3 V et 5 V sans prĂ©caution : la plupart des ponts USB modernes travaillent en 3,3 V, et leurs entrĂ©es ne tolèrent pas forcĂ©ment une ligne Ă 5 V franc.
USB
C’est aujourd’hui la voie la plus courante. Une puce fait le pont entre l’USB et la liaison sĂ©rie ; elle apparaĂ®t alors comme un port COMx sous Windows ou /dev/ttyUSBx sous Linux. Les puces les plus rĂ©pandues :
- FTDI (FT232) : réputée fiable, mais victime de nombreuses contrefaçons.
- Silicon Labs (CP2102, CP2104, CP2105) : très courante sur les radios et modules récents.
- WCH (CH340, CH341) : bon marché, désormais bien prise en charge.
- Prolific (PL2303) : historique, pilotes parfois délicats sur Windows récent.
Attention au double port COM. Certaines radios exposent deux ports COM virtuels sur le PC : les Yaesu FT-991A / FTDX10 (ports nommĂ©s « Enhanced » et « Standard » par la puce CP2105) et les Icom haut de gamme IC-7610 / IC-9700. Le premier porte les commandes CAT, le second les lignes matĂ©rielles de PTT ou de manipulateur CW (DTR/RTS). En revanche, l’IC-7300 n’expose qu’un seul port COM : pour disposer d’une seconde voie (CW, FSK, PTT), il faut soit un second câble CI-V, soit un sĂ©parateur logiciel (VSPE, com0com).
Le passage en émission (PTT)
Commander l’Ă©mission depuis le PC peut se faire de trois façons, de la plus simple Ă la plus rustique :
- Par commande CAT : le logiciel envoie l’ordre d’Ă©mettre sur la mĂŞme liaison sĂ©rie (ex: commande
TX;). C’est la mĂ©thode la plus propre, sans câblage supplĂ©mentaire. - Par ligne matĂ©rielle : le logiciel bascule le signal
RTSouDTRdu port sĂ©rie (ou du second port COM virtuel), qui commande un transistor ou un optocoupleur fermant le PTT de la radio. - Par VOX : la radio dĂ©tecte la prĂ©sence d’audio et passe seule en Ă©mission. Aucun fil de commande, mais un rĂ©glage plus dĂ©licat.
Un conseil : n’activez pas deux mĂ©thodes en mĂŞme temps. Un PTT par commande CAT qui coexiste avec un PTT sur RTS finit toujours par se contredire.
Couches d’abstraction : Hamlib & Omni-Rig
Se souvenir du protocole exact de chaque radio serait un cauchemar pour les dĂ©veloppeurs. Des bibliothèques logicielles permettent d’interfacer n’importe quelle radio avec n’importe quel logiciel.
Hamlib est la rĂ©fĂ©rence multiplateforme (Linux, Windows, macOS). Elle masque les centaines de modèles derrière une interface commune. On la pilote en ligne de commande avec rigctl, ou en rĂ©seau avec le dĂ©mon rigctld. De nombreux logiciels (WSJT-X, FLDigi, CQRLOG) s’appuient directement dessus.
# Interroger la fréquence d'une radio via rigctl
rigctl -m 3073 -r /dev/ttyUSB0 -s 115200 f
# -m : numéro de modèle Hamlib (ici IC-7300)
# -r : port série -s : débit f : lire la fréquence
Sous Windows, Omni-Rig est extrêmement populaire : il agit comme un serveur CAT centralisé permettant à plusieurs logiciels de partager la même radio simultanément (par exemple, votre journal de trafic et un logiciel de modes numériques) sans conflit de port COM.
Les logiciels qui utilisent le CAT
La liste est longue et couvre tous les usages : WSJT-X et JTDX pour le FT8/FT4, JS8Call pour le JS8, FLDigi pour les modes texte, Log4OM et CQRLOG pour le journal, N1MM+ pour les concours, Ham Radio Deluxe et SDR Console pour le pilotage gĂ©nĂ©ral. Tous demandent, Ă la configuration, le mĂŞme trio d’informations : le port, le dĂ©bit et le modèle de radio.
Problèmes courants & dépannage
| SymptĂ´me | Cause probable |
|---|---|
Aucun port COM / /dev/ttyUSB | Pilote absent ou câble USB de mauvaise qualité / de charge seule |
| La radio ne répond pas | TX/RX inversés, GND manquant ou mauvais port COM sélectionné |
| Réponses illisibles ou erreurs CAT | Mauvais débit (baud rate) ou mauvais format (ex: 8N1) |
| Pas de dialogue chez Icom | Mauvaise adresse CI-V configurée dans le logiciel |
| Port inaccessible (accès refusé) | Port COM déjà ouvert par un autre logiciel (utiliser Omni-Rig ou rigctld) |
| Émission qui reste bloquée | Deux méthodes de PTT en conflit (ex: CAT + RTS simultanés) |
| Déconnexion du CAT dès le passage en émission | Retour HF (RFI) ou boucle de masse qui plante le bus USB (installer des ferrites) |
Un test rapide : ouvrez le port dans un terminal sĂ©rie en 8N1 au dĂ©bit annoncĂ© par la radio. Changez la frĂ©quence sur le poste : vous devez voir des caractères dĂ©filer. Si rien n’apparaĂ®t, le problème est en amont du logiciel.
Pour aller plus loin. Si votre radio ne dispose pas d’un port USB intĂ©grĂ© ou d’une isolation d’origine, l’utilisation d’optocoupleurs sur les lignes sĂ©ries et de transformateurs d’isolement audio est fortement recommandĂ©e pour Ă©viter les boucles de masse. Une interface CAT maison simple Ă rĂ©aliser fait très bien l’affaire : un projet pĂ©dagogique complet, schĂ©ma et nomenclature Ă l’appui, est disponible sur ce site.
Article de fond · F4HXN.fr — Le site des radioamateurs. Les protocoles et brochages exacts varient d’un modèle Ă l’autre : reportez-vous toujours Ă la documentation de votre transceiver.

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