Niveaux électriques et protocoles série

On rencontre en électronique, en informatique, en radioamateur et dans les automatismes une grande variété de formats de signaux et d’interfaces série. Derrière le mot « série » — qui désigne simplement une transmission bit après bit — se cachent en réalité deux notions bien distinctes qu’il ne faut jamais confondre.

La distinction essentielle

Le niveau électrique décrit la tension (ou le courant) qui représente un 0 et un 1 : TTL, CMOS, RS-232, RS-422, RS-485, boucle de courant…

Le protocole décrit la manière d’organiser ces bits dans le temps : UART, SPI, I²C, CAN, Modbus, DMX, MIDI…

Un protocole peut circuler sur plusieurs niveaux électriques, et un même niveau peut porter plusieurs protocoles. C’est pour cela que la mention « port série » ne suffit jamais : il faut toujours savoir lequel.

Tableau récapitulatif

Format Nature Niveau électrique Transmission Remarques
TTLNiveau électrique0 à 5 V ou 0 à 3,3 Vselon protocoleTrès utilisé sur microcontrôleurs (Arduino, ESP32, Raspberry Pi).
CMOSNiveau électrique0 à VCC (3,3 V, 5 V…)selon protocoleProche du TTL, mais seuils de basculement différents.
RS-232Niveau électrique±3 à ±15 V (souvent ±12 V)selon protocole (asynchrone en pratique)Ancien standard PC, ports COM, DB9.
RS-422Niveau électrique (différentiel)Différentielselon protocoleLongues distances (~1200 m), un émetteur vers plusieurs récepteurs.
RS-485Niveau électrique (différentiel)Différentielselon protocoleTrès utilisé en industrie (Modbus), liaison multipoint.
Boucle de courantNiveau électrique4–20 mA / 5 mAselon protocoleExcellente immunité, longues liaisons ; base électrique du MIDI.
UARTProtocole (moteur série)selon le niveau (TTL, RS-232…)AsynchroneLe « moteur » de la liaison série asynchrone (bits start/stop). Ce n’est pas un niveau électrique.
USB CDCProtocoleUSBAsynchrone (émulé)Émule un port série virtuel sur le PC.
SPIProtocole / busTTL / CMOSSynchroneHorloge SCK séparée, très rapide (plusieurs MHz).
I²CProtocole / busTTL / CMOS (open-drain)SynchroneDeux fils (SDA / SCL), bus partagé, adressage des périphériques.
1-WireProtocole / busTTLAsynchrone (temporisé, sans horloge dédiée)Un seul fil de données (+ masse) ; le maître impose la temporisation.
CAN BusProtocole / busDifférentielAsynchrone (auto-synchronisé)Automobile, industrie. Pas de fil d’horloge : synchronisation sur les transitions de bits.
LIN BusProtocole / bus12 VAsynchroneAutomobile, économique, mono-fil.
DMX512Protocolesur RS-485AsynchroneÉclairage de spectacle, 250 kbit/s.
Modbus RTUProtocolesur RS-232 ou RS-485AsynchroneAutomatisme industriel.
NMEA 0183Protocolesur RS-232 ou RS-422AsynchroneGPS, instruments marins (4800 bd, 38 400 pour l’AIS).
MIDIProtocoleBoucle de courant 5 mAAsynchroneInstruments de musique, 31 250 bd, réception opto-isolée.
SDI-12Protocole12 VAsynchroneCapteurs environnementaux, 1200 bd.
CI-V (Icom)ProtocoleTTLAsynchrone (semi-duplex)Commande CAT des postes Icom (IC-7300…), un seul fil bidirectionnel.
Corrections apportées

Le CAN est bien asynchrone : il ne possède pas de ligne d’horloge, chaque nœud se resynchronise sur les fronts des bits. Le 1-Wire n’a pas non plus d’horloge dédiée (contrairement au SPI et à l’I²C) : sa temporisation est imposée par le maître sur un fil unique.

TTL et RS-232 : mêmes bits, niveaux inversés

Le RS-232 est inversé par rapport au TTL. Un « 1 » logique correspond à un niveau haut en TTL, mais à un niveau négatif en RS-232. Les tensions sont également bien plus élevées, ce qui interdit toute connexion directe.

Même séquence de bits, deux niveaux électriques séquence transmise : 0 1 1 0 1 0 011 010 TTL +5 / +3,3 V 0 V RS-232 +3…+15 V 0 V −3…−15 V Un « 1 » logique = niveau haut en TTL, mais niveau négatif en RS-232 : les deux signaux sont inversés.
Comparaison des niveaux TTL et RS-232 sur la même trame. C’est le rôle d’un circuit comme le MAX232 de faire la conversion entre les deux.

Les niveaux TTL les plus courants

  • TTL 5 V — 0 V = 0 logique ; 5 V = 1 logique.
  • TTL 3,3 V — 0 V = 0 logique ; 3,3 V = 1 logique.
  • TTL 1,8 V — présent sur certains processeurs modernes.

Les niveaux RS-232

État logiqueTTLRS-232
00 V+3 à +15 V
1+3,3 ou +5 V−3 à −15 V

C’est pourquoi on place un convertisseur comme le MAX232 entre un port TTL et un équipement RS-232 — et une puce CP2102, FT232 ou CH340 côté USB.

Asymétrique ou différentiel : la question de l’immunité au bruit

Un signal asymétrique (TTL, RS-232) circule sur un seul fil référencé à la masse : tout parasite capté s’ajoute directement au signal. Un signal différentiel (RS-422, RS-485, CAN) voyage sur deux fils portant des tensions opposées ; le récepteur ne lit que la différence, si bien qu’un parasite capté de façon identique sur les deux fils s’annule.

Asymétrique — RS-232 / TTL Différentiel — RS-422 / RS-485 TX RX signal masse bruit Le bruit s’ajoute directement au signal reçu. TX RX A − B A B paire torsadée bruit Le bruit frappe A et B à l’identique → éliminé (rejet de mode commun). C’est ce qui autorise le différentiel sur de longues distances et en milieu bruité.
Le mode différentiel explique pourquoi RS-422 tient ~1200 m et pourquoi RS-485 est la norme en environnement industriel.

Interfaces différentielles en pratique

  • RS-422 — excellente immunité, jusqu’à ~1200 m ; un émetteur vers plusieurs récepteurs (liaison point-à-multipoint en lecture).
  • RS-485 — plusieurs équipements sur un même bus (multipoint). Existe en semi-duplex (2 fils) ou duplex intégral (4 fils). Résistances de terminaison de 120 Ω aux deux extrémités. C’est le support de Modbus RTU et du DMX512.

Point à point ou multipoint : la topologie

Le RS-232 relie deux équipements seulement. Le RS-485, lui, autorise un vrai bus partagé entre un maître et plusieurs nœuds sur la même paire.

Point à point — RS-232 / USB série Équipement A Équipement B liaison unique Multipoint / bus — RS-485 bus RS-485 — paire A / B 120 Ω 120 Ω Maître Nœud 1 Nœud 2 Nœud 3
Le RS-485 permet un bus multipoint terminé par deux résistances de 120 Ω ; le RS-232 reste une liaison entre deux appareils.

Synchrone ou asynchrone : avec ou sans horloge

Une liaison synchrone (SPI, I²C) transporte une horloge sur un fil dédié : le récepteur échantillonne les données à chaque front. Une liaison asynchrone (UART, et donc RS-232, RS-485, CAN, MIDI…) se passe d’horloge : les deux extrémités s’accordent à l’avance sur une vitesse (le baud), et chaque octet est encadré par un bit de start et un ou plusieurs bits de stop.

Synchrone — SPI / I²C (horloge séparée) SCK DATA échantillonnage sur front d’horloge Asynchrone — UART (bits d’encadrement) DATA START D0 … D7 STOP repos repos Sans horloge : les deux côtés doivent partager la même vitesse (baud).
En synchrone, l’horloge cadence la lecture ; en asynchrone, ce sont les bits start/stop et une vitesse convenue à l’avance qui structurent la trame.

Vitesses courantes

InterfaceVitesse typique
UART / RS-232300 bd → 115 200 bd (souvent 9600)
RS-485 / Modbus RTU9600 → 115 200 bd
I²C100 kHz / 400 kHz / 1 MHz et plus
SPIplusieurs MHz (jusqu’à des dizaines)
CANjusqu’à 1 Mbit/s (CAN FD au-delà)
DMX512250 kbit/s
MIDI31 250 bd
NMEA 01834800 bd (38 400 pour l’AIS)
SDI-121200 bd
LIN≤ 20 kbit/s
USB (Full Speed, CDC)12 Mbit/s

En radioamateur

Les interfaces les plus rencontrées à la station sont :

  • TTL 3,3 V — ESP32, LoRa, Meshtastic.
  • TTL 5 V — Arduino.
  • RS-232 — anciens transceivers, TNC.
  • USB CDC — câbles CAT modernes (puce CP2102, FT232 ou CH340 → port COM virtuel).
  • I²C — écrans OLED, capteurs.
  • SPI — écrans TFT, modules RF.
  • UART TTL — GPS, modules Bluetooth, modules radio.
  • CI-V (Icom) — bus TTL semi-duplex sur un seul fil (jack 3,5 mm). Sur un IC-7300, il est aussi exposé en interne via l’USB : le poste présente deux ports COM (CAT + audio/PTT) et une carte son USB.
Conseils pratiques

Ne mélangez jamais les tensions. Une sortie TTL 5 V branchée sur une entrée 3,3 V peut la détruire : passez par un adaptateur de niveau (level shifter) ou un simple pont diviseur.

Reliez toujours les masses entre deux équipements asymétriques — sauf en liaison différentielle isolée.

Isolation galvanique (opto-coupleurs) recommandée en radioamateur pour casser les boucles de masse et supprimer le ronflement ou les retours HF sur les interfaces son et CAT.

RS-485 : pensez aux terminaisons 120 Ω et vérifiez le sens semi-duplex / duplex intégral.

RS-232 : attention au croisement TX/RX (câble « null-modem »).

« Port série » : la checklist

Lorsqu’un fabricant indique simplement « port série », vérifiez toujours de quoi il s’agit, car tous utilisent un protocole série voisin mais leurs niveaux électriques sont incompatibles entre eux :

  • TTL 3,3 V
  • TTL 5 V
  • RS-232
  • RS-485
  • USB série (CDC)
serie