Artemis : Identification des signaux radio

Logiciel — Écoute & identification

Reconnaître un signal inconnu avec Artemis

Un catalogue de référence libre et communautaire pour mettre un nom sur les signaux que vous croisez sur le spectre, riche de plus de 520 signaux documentés.

Quand vous parcourez le spectre au récepteur et que vous tombez sur une porteuse inconnue, une modulation étrange ou une trace de cascade que vous ne reconnaissez pas, la question revient toujours : de quel signal s’agit-il ? Artemis a été conçu précisément pour répondre à cette question. Il s’agit d’un logiciel libre d’aide à l’identification et à l’archivage des signaux radiofréquence, adossé à l’une des bases de données communautaires les plus complètes du domaine, forte de plus de 520 signaux référencés.

Développé par le collectif AresValley et distribué sous licence GPL-3, Artemis en est aujourd’hui à sa quatrième génération (Artemis IV). Il est écrit principalement en Python et en QML, ce qui lui donne une interface moderne et cohérente sur les trois grands systèmes d’exploitation.

À quoi sert Artemis

Artemis n’est pas un logiciel de décodage ni un SDR. Il ne démodule pas et ne se connecte pas à votre récepteur. C’est un catalogue de référence intelligent : une bibliothèque de signaux que vous consultez pour comparer ce que vous observez sur votre propre cascade avec des cas déjà documentés. Pour chaque entrée, vous disposez d’une fiche descriptive, d’une image du spectre ou de la cascade, souvent d’un échantillon audio, et de l’ensemble des paramètres techniques du signal.

La démarche est simple : vous repérez un signal, vous notez sa fréquence, sa largeur de bande approximative et l’allure de sa cascade, puis vous filtrez la base d’Artemis pour retrouver le candidat le plus probable. C’est l’équivalent numérique et enrichi du bon vieux manuel d’identification des signaux, mais tenu à jour par une communauté active.

Cascade d'un signal WSPR sur le spectre
Cascade caractéristique d’un signal WSPR : des traces très fines et très lentes, typiques des modes à faible puissance. C’est exactement le genre d’empreinte qu’Artemis vous aide à reconnaître.

Une base communautaire issue de SigID

Le cœur d’Artemis repose sur la base SigID, directement liée au célèbre site sigidwiki.com (Signal Identification Guide). Chaque signal du logiciel peut être rattaché à sa fiche correspondante sur le wiki, ce qui vous permet d’accéder à des informations complémentaires en un clic. La base est téléchargeable et se met à jour, mais elle peut aussi s’importer hors ligne : si le poste destiné à l’écoute n’a pas d’accès réseau, vous récupérez l’archive au format .tar depuis un autre ordinateur, puis vous l’importez manuellement dans Artemis.

Vous n’êtes pas limité à cette base de référence. Artemis vous permet de créer vos propres bases de données, d’y ajouter vos signaux, vos captures et vos annotations, puis de les exporter ou de les partager, toujours au format .tar. C’est un point appréciable pour qui souhaite documenter ses propres observations locales.

Les paramètres décrivant un signal

Chaque signal de la base est caractérisé par une série de champs structurés, que vous pouvez consulter, filtrer et, dans vos propres bases, modifier librement :

ParamètreDescription
FréquenceFréquence ou plage de fréquences sur laquelle le signal est habituellement observé
Largeur de bandeOccupation spectrale du signal
ModulationType de modulation employé
ModeMode de transmission associé
LocalisationOrigine géographique connue ou supposée
CatégorieClassement du signal (militaire, utilitaire, radioamateur, etc.)
ACFFonction d’autocorrélation, utile pour retrouver la structure temporelle d’un signal numérique

À ces paramètres s’ajoutent des étiquettes personnalisées (tags) que vous définissez vous-même pour organiser votre collection, ainsi qu’une description au format Markdown qui autorise une mise en forme riche : titres, listes, liens, blocs de code. Chaque paramètre dispose enfin d’un champ de description qui s’affiche au survol de la souris.

Signal RTTY en modulation par déplacement de fréquence
Un signal RTTY en modulation par déplacement de fréquence : ses deux tonalités alternées forment un motif immédiatement reconnaissable, décrit dans la base par sa largeur de bande et son type de modulation.

Images, audio et documents

Pour chaque signal, Artemis affiche une image principale, en général la cascade ou le spectre, et un lecteur audio permettant d’écouter un échantillon caractéristique. Le gestionnaire de documents va plus loin : vous pouvez rattacher à une même entrée autant de fichiers que nécessaire, qu’il s’agisse d’images, d’enregistrements sonores ou de documents PDF, tout en désignant l’image et l’audio à mettre en avant sur la fiche principale. Vous constituez ainsi un dossier complet pour chaque signal étudié.

Le module de météo spatiale

Une fonction moins attendue mais précieuse pour l’opérateur HF : Artemis intègre un module de météo de l’espace. Il récupère en direct un ensemble de données relatives à la propagation et à l’activité solaire. Vous y trouvez les conditions courantes, des prévisions, les cartes DRAP d’absorption des ondes dans la calotte polaire, l’activité aurorale, ainsi que des imageurs solaires. De quoi corréler l’état de la propagation avec ce que vous entendez réellement sur les bandes.

L’analyse par autocorrélation

Artemis propose également un outil d’analyse par fonction d’autocorrélation (ACF). Cette technique met en évidence les périodicités cachées d’un signal numérique, par exemple la durée d’un symbole ou la structure d’une trame. C’est une aide concrète lorsqu’il faut déterminer les paramètres d’un mode inconnu à partir de sa seule empreinte temporelle.

Signal Olivia MFSK sur le spectre
Un signal Olivia (MFSK) : sa structure en sous-porteuses multiples se prête bien à l’analyse par autocorrélation, qui aide à en retrouver les paramètres.

Installation selon votre système

Artemis est réellement multiplateforme, avec des méthodes d’installation adaptées à chaque environnement.

Windows

Le plus simple est de télécharger l’installeur depuis le site officiel ou depuis la page des versions sur GitHub. Les utilisateurs à l’aise avec la ligne de commande peuvent aussi passer par WinGet :

winget install -e --id AresValley.Artemis

Linux et Raspberry Pi

La méthode recommandée est Flatpak, via Flathub. Elle fonctionne aussi bien sur PC x64 que sur Raspberry Pi en arm64, ce qui rend Artemis parfaitement utilisable sur une petite station d’écoute dédiée. Si le support Flatpak est déjà actif sur votre distribution, l’application apparaît directement dans la logithèque.

macOS

Faute de certificat de distribution Apple, le projet ne fournit pas de binaire précompilé pour macOS. Il faut donc cloner le dépôt et lancer le programme depuis les sources, ou compiler l’exécutable localement. La documentation détaille les deux procédures.

Un projet ouvert et collaboratif

Artemis est le fruit d’un travail collectif. On y retrouve notamment Marco Dalla Tiezza, à l’origine des versions I, II et IV, Alessandro Ceccato pour la version III, Paolo Romani (IZ1MLL) comme spécialiste RF et testeur, ou encore Carl Colena côté administration de SigID. Le code, sous licence GPL-3, est ouvert aux contributions, et la base de signaux vit grâce aux remontées de la communauté des écouteurs et des radioamateurs.

En pratique, pour un radioamateur

Artemis trouve naturellement sa place à côté d’un récepteur SDR et d’un logiciel de cascade. Pendant que vous explorez le spectre, il vous sert de référence pour mettre un nom sur ce que vous observez, documenter vos trouvailles et, avec le module de météo spatiale, replacer vos écoutes dans le contexte de propagation du moment. Léger, gratuit et disponible jusque sur Raspberry Pi, c’est un compagnon d’écoute que je vous recommande d’essayer.

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